Rencontre avec Vinnie Paz de Jedi Mind Tricks

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Vinnie Paz © Julien Lachaussée

Qu’est-ce que tu peux nous dire sur ton dernier album ?
Vinnie Paz : J’ai arrêté de déconner ! Mon père est décédé lorsque j’avais 10 ans et il avait l’habitude de me dire : « Si tu aimes ça, alors ce n’est pas un métier ». Ainsi, je n’ai jamais regardé la musique comme un travail parce que j’aimais ça. Puis à un moment donné, j’ai commencé à me sentir comme un ado et c’est devenu le disque le plus amusant que j’ai fait depuis « Servants in Heaven », en 2006.

C’est quoi l’ambiance avec Stoupe ?
V. P. : Il y avait Stoupe en 2008 avec qui j’ai fait un album « History of Violence » mais nous n’étions plus sur la même longueur d’onde… On était des têtes de mules ! Depuis l’ âgé de quinze, on grandit ensemble, on vendait de la drogue, 23 ans dans une bande, un groupe, peu importe, quand tu aimes quelqu’un comme ton frère mais que des choses t’ennuient, tu te sens obligé de lui en parler… Je traînais, me battais, me faisais serrer… avec le recul, je me suis rendu compte qu’il avait raison, on ne s’est pas vu pendant un bout de temps, alors une fois que l’on s’est retrouvé face à face on s’est dit : « On oublie… T’es prêt à agir comme un ado encore une fois ? Comme lorsque l’on avait la dalle ». À l’époque on faisait des albums dans la chambre de ses parents… On a enregistré « Violent by Design », dans une chambre mec !

C’est l’un de mes albums favoris…
V. P. : Merci, mon frère. On était bourré et défoncé. J’avais 22 ou 23 ans quand nous avons fait ce disque, on ne savait pas ce que l’on faisait. Donc, quand nous avons commencé ce nouvel album, je me suis dit avec Stoupe : « Faisons comme si nous ne savons pas ce que nous faisons et soyons des gosses encore une fois. Oublions la pression du business et restons amis ! ».

Je suis plutôt content de voir Stoupe de retour dans le business avec toi. Pourra-t-on le revoir dans le prochain album ?
V. P. : Merci mec ! Si tu m’avais posé cette question il y a quelques années, je t’aurais répondu « Non ! ». Depuis son retour il est en mode : « Yo, Je suis prêt à travailler ». Nous sommes différents, maintenant les connards que nous étions, ont grandi. Nous avons réalisé à quel point nous étions proches. J’étais une tête de con, difficile à gérer, je l’admets. Stoupe, c’est mon frère… Je tuerais quelqu’un pour lui. On ne voyait pas le monde de la même manière et c’est compliqué de faire de la musique dans ces conditions.

Tu penses que l’on pourra revoir encore une fois Jus Allah avec toi ?
V. P. : Non… ça n’arrivera plus jamais ! C’était une erreur la première fois… Je ne parle pas mal des gens, Dieu le bénisse, mash’Allah, qu’il fasse du bien pour lui-même. Je n’ai rien à faire avec le Sheitan, sur aucun niveau…

Qu’est-ce que tu penses de l’évolution du hip-hop ?
V. P. : Ce n’est pas simple de répondre. Mes frères sont beaucoup plus vieux que moi, l’un a 49 ans et l’autre 50 donc j’écoutais du rap avant la plupart des enfants. En 79-80 j’écoutais Sugar Hill Gang, Cold Crush. Mes parents étaient dans la musique black, et vu que nous étions des italiens, on écoutait Sam Cook et Al Green, des délires dans le genre mais on écoutait aussi du Black Sabbath. En 83, mon frère est venu à la maison avec le premier disque de Run-D.M.C., j’avais 6 ans, je me suis dit « C’est quoi ça, mec », je ne savais même pas comment ça s’appelait : C’était le meilleur son que j’ai jamais écouté de ma vie. Ma putain de tête a explosé. Puis quelques années après j’ai commencé à écrire mes propres raps et ils étaient horribles. Les pires raps de tous les temps ! (Rires.)

Vraiment ?
V. P. : Ouais, c’était horrible ! Je l’ai écrit à propos de cette fille qui s’est assise à coté de moi à l’école. Son nom était Karen Zalinsky. « Karen waddup? » je l’ai embrassé sous le pupitre en CE1 et CE2. J’ai écrit un petit rap sur elle. (Rires.)

C’est mignon. (Rires.)
V. P. : Le truc c’est que, si tu es conscient que tu es nul alors tu sais que tu peux t’améliorer. Quand tu rencontres un putain de guitariste ou autre, qu’il te dit qu’il est bon, il ne pourra pas s’améliorer. Pour te dire, je pense encore que je suis nul donc je me dis : « Ok ! le prochain son doit être meilleur. ». Si j’avais dit que j’étais super, ma mère m’aurait giflé et m’aurait dit : « Tu n’es pas super, tu es Vinnie. Je t’ai éduqué de cette façon. Tu n’es pas meilleur qu’un autre. Tu es juste mon fils et à la seconde où tu te comporteras différemment que mon fils, là il y aura un problème ».

C’est une bonne éducation !
V. P. : C’était une éducation stricte car nous venons de milieux humbles. Ma mère disait « N’oublie jamais à quel point tu es chanceux. Il y a des gens qui travaillent dans le bâtiment… et toi tu rapes. Sois fier de ce que tu as fait, tu me rends fière et sois bon avec tout le monde ». Personne n’est différent de moi, j’ai rencontré des artistes qui étaient des connards et ça m’a ruiné. Donc je ne peux pas être un connard envers quiconque. Vous êtes là après le show pour me demander une interview, je suis fatigué et j’ai faim, mais je ne peux pas vous dire non. En plus ça m’a permis de rencontrer un frère musulman de la Turquie et un frère qui ressemble à un portoricain de Philadelphie. (Rires.)

C’est super cool de ta part ! Il y a des nouveaux rappeurs avec qui t’aimerais travailler ?
V. P. : J’ai un gars qui s’appelle West-Side Gun qui est incroyable. Hus KingPin, Smooth, ce sont des gars que j’adore. Ils sont encore jeunes mais ils sont mortels !

Pourra t-on les écouter sur le prochain AOTP ?
V. P. : Peut-être pas sur AOTP, mais sur mon truc solo. Ils en veulent. Ils sont jeunes et leurs raps old school de New York sonnent comme le Wu.

Pour changer de sujet : J’aimerais connaître ta connexion avec les livres ?
V. P. : T’as déjà écouté une chanson et tu te sens connecté avec direct, sans t´expliquer pourquoi ?

Ouais…
V. P. : C’était comme ça avec Clive Barker. Je me rappelle de la premièrefois que j’ai lu Clive Barker, j’étais jeune : « Hellraiser », le gars avec des clous dans la tête. Je me suis intéressé à ça et j’ai commencé à lire les livres vers l’âge de 13 ans. Quand nous avons commencé à travailler avec Stoupe on se disait : « Nous allons faire cet album et ça va être réellement sombre » et je lui ai dit « Nous allons la faire à la Clive Barker. ». Donc, il y a beaucoup de références étranges dans l’album, tant que vous n’avez pas lu Clive Barker vous penserez probablement que je suis juste un malade mental. (Rires.)

Ma dernière question : Voudrais-tu dire quelques mots pour Sean Price ?
V. P. : C’est mon frère et il sera toujours mon frère. La meilleure chose à propos de moi et de Sean c’est qu’il n’était jamais question de musique. On avait l’habitude de sortir et se foutre de la gueule de l’un et l’autre. C’est tout ce qu’on voulait faire. Si tu écoutes son dernier album, il dit « Choper 20 paires avec Vinnie une fois en tournée », il parlait de baskets. (Rires.) On est allé dans le Colorado et on a dépensé 3 000 $ dans des baskets, on a vidé le shop. Le lendemain les gens de la boutique de pompes ont appelé notre hôtel et ont demandé si on avait volé leur ordinateur. Putain on vient de dépenser 3 000 $ pour des pompes, tu crois que je vais piquer leur ordinateur à 200 $ ? On a pratiquement défoncé ces gens. (Rires.)

Qu’il repose en paix. Eh bien ! Juste pour le fun, vas-tu voir le prochain Star Wars ?
V. P. : Oh tu déconnes ? Mec, je textote mon neveu : « chope des billets chope des billets ! » (Rires.)


Vinnie Paz :
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