Rencontre avec Shaun Morgan, du groupe Seether

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Shaun Morgan / Seether © Julien Lachaussée

Né en 1999, le groupe rock, grunge, aux accents US est néanmoins sud africain et originaire de Prétoria. Bien qu’ils n’habitent plus là-bas, Seether en aura parcouru du chemin. Son mythique leader Shaun Morgan était à Paris pour quelques heures et nous a accordé de son temps.

Ta promo marathon passe par Paris, tu peux prendre un peu de temps pour toi ?
Shaun Morgan : Pas vraiment, j’arrive de Berlin pour la promo du dernier album « Poison the Parish » et ce soir je serai dans le train pour Londres. Ensuite direction le Pays de Galles pour un groupe que je produis. C’est mon premier groupe, tu vois c’est tout nouveau.

Qu’est-ce qui t’a poussé à créer ton label Canine Riot records  et à produire des groupes ? L’envie de changer ?
S. M. : Le label est officiel depuis le 12 mai dernier, c’est tout neuf. J’aime Seether mais j’ai aussi beaucoup de curiosité et de respect envers la génération future. Concrètement, dans quelques jours je vais rester dans une baraque au Pays de Galles, sans aucune autre distraction, juste à bosser avec le groupe. Tout ceci, le temps nécessaire. C’est un changement.

Est-ce difficile de produire un groupe sans l’influencer de la patte Seether ?
S. M. : Pas du tout, c’est plutôt drôle d’ailleurs, je n’interviens pas dans la création, je donne des conseils et avis au niveau business surtout.

Revenons à tes moutons, quel message souhaites-tu adresser via ce 7e album « Poison the Parish » ?
S. M. : Que les gens devraient contribuer à la société plus que de penser à être connu et gagner des tonnes de fric. Instagram et la famille Kardashian font beaucoup de dégâts. On devrait trouver un moyen d’en faire profiter la société et non pas de l’assécher. Il y a beaucoup mieux à faire dans une vie que d’être connu : trouver des remèdes, solutionner des problèmes importants. Il faut absolument éduquer les enfants et surtout les adolescents. Faire quelque chose pour l’autre et non plus que pour nous mêmes. C’est le message.

Penses-tu à tout cela car tu deviens vieux ?
S. M. : (rires.) Je n’ai que 37 ans, ma fille vient d’en avoir 15 et veut être vétérinaire. C’est une belle ambition. Autour d’elle, je constate que les jeunes sont plus attirés par obtenir sans rien faire, c’est une préoccupation pour moi d’y réfléchir. J’en reviens aux Kardashian et leur programme TV.

En son temps, Ozzy aussi a fait ce genre de télé réalité, qu’en penses-tu ?
S. M. : Un peu différemment quand même. Sharon est vraiment très intelligente, elle s’est servie de ce programme pour relancer la carrière de son mari et porter ses enfants sur le devant de la scène. Je la connais peu mais lorsque nous avons joué au OzzFest en 2002, il fallait payer vraiment cher pour être à l’affiche, elle est vraiment une business woman d’exception.

Que penses-tu des réseaux sociaux ? Sont-ils incontournables ?
S. M. : Oui c’est évident mais cela ne me ressemble pas du tout. Je me protège en ne les utilisant pas. Si je veux rencontrer les gens, je le fais lors de mes concerts, je n’ai pas besoin de me connecter pour lire des messages de haine ou d’amour.

Aimerais-tu toi aussi laisser un témoignage un peu personnel auprès de ta fille, un livre par exemple ou t’exprimer d’une manière différente ?
S. M. : C’est vraiment quelque chose auquel je pense mais je crains de n’avoir pas le talent, j’ai commencé plusieurs fois mais, tout le monde semble avoir cette idée en ce moment. Ça m’a refroidi du coup, je trouve plus ça cool. J’ai essayé d’écrire un livre pour enfants il y a longtemps. J’ai un peu peur de débuter à écrire malgré le fait que je suis sûr que dès que je vais m’y mettre je ne vais plus m’arrêter.

Ta dernière vidéo « Let you down » est un mini film d’horreur, est-ce un rêve de cinéaste devenu réalité, une métaphore ou autre chose ?
S. M. : Ce n’est pas une métaphore, il ne faut pas toujours essayer de chercher des réponses à tout. L’unique idée était de faire quelque chose de flippant, fun, un peu bizarre. J’ai toujours voulu faire une vidéo dark mais les labels n’ont jamais suivi ni accepté. Il fallait toujours que ce soit joyeux et accessible.

La pochette est énigmatique avec cette sorte de diable rouge et blanc, cela contraste avec l’idée de noirceur dont tu viens de parler ?
S. M. : Oui, on voulait un truc beaucoup plus flippant. Et je suis tombé là-dessus. Il n’y a aucun parallèle religieux ou autre, juste que je trouve l’image belle. Tu peux la trouver iconique bien sur et acheter l’album pour l’image mais le travail de Shawn Coss a le mérite d’être différent.

Regrettes-tu certaines choses de ta carrière lorsque tu regardes en arrière ?
S. M. : Quelques trucs que j’aurai dû faire autrement et certains titres que je n’aurais pas dû sortir en single. Certaines vidéos qui aurait pu être meilleures. Ça fait 15 ans que j’apprends et à présent je sais ce que je veux.

Les Blackbirds Studio à Nashville, sont-ils les meilleurs pour enregistrer ?
S. M. : Oui, ils ne sont pas mal et surtout ils sont à coté de chez moi, je peux y aller en bus. J’habite depuis 15 ans aux États Unis, c’est plus pratique. Dale Stewart est devenu citoyen américain d’ailleurs. Moi non.

Penses-tu que tu aurais eu la même carrière si tu étais resté en Afrique du Sud ?
S. M. : Certainement pas. Tous les groupes, même les plus connus, ont un travail à côté, rien n’est fait pour développer la musique. Il n’existe pas de marché stable.

L‘année dernière tu as reçu à Las Vegas une récompense pour The artistic expression . Raconte-moi dans quelle circonstance ?
S. M. : Ah oui, c’est un grand moment pour moi car cette récompense m’a été attribuée pour ma collaboration dans une association médicale, la National Council for Behavioral Health at the Awards of Excellence. Elle développe des traitements contre les maladies mentales et addictions. Il n’y avait que des médecins et autres chercheurs. Celà n’a rien à voir avec la musique.

C’est la seule cause qui retient ton attention en ce moment ?
S. M. : Non, je fais partie de l’aventure Rise Above Fest, qui se tient les 22 et 23 juillet dans le Maine. Cet évènement récolte des fonds pour une association de lutte contre les suicides et il m’est particulièrement cher car mon frère s’est suicidé il y a 10 ans. C’est une réponse positive à ce geste que je commémore chaque année.

Seether sera sur la scène du Bataclan le vendredi 13 octobre prochain, si tu en avais la possibilité, changerais-tu d’endroit ?
S. M. : J’ai de suite accepté le choix de la salle. Ma première pensée a été que Seether a déjà joué au Bataclan et nous n’avons pas peur d’y retourner. Ma deuxième pensée est que nous nous devons d’honorer les gens qui sont tombés dans cette salle. Bien que je vais découvrir ma réaction lorsque je serais sur scène, il est évident que l ‘émotion sera présente. C’est un sentiment bizarre qui m’envahi, il faut garder cette salle vivante, ne pas la laisser sombrer.

Soit le 1er à tout raser