Rencontre avec Melchior Tersen, l’homme qui fait entrer le métal dans l’art contemporain

Il y a quelques jours on vous avait parlé sur Barberline de Melchior Tersen qui collectionne des patchs de métal depuis plusieurs années et en a fait un livre, un très gros livre. C’est carrément une véritable bible avec près de 500 pages de vestes de fans et de patchs métal des plus grands groupes au plus confidentiels et préfacé par Igor Cavaleral en personne. Retour avec le photographe parisien sur cette aventure et l’origine de Killing Technology : « C’est né de la première fois où je suis allé au Hellfest en 2010, je n’avais jamais vu ça j’ai pris une claque. Au fur et à mesure que j’allais à des festivals je faisais des photos, au début c’était sur fond blanc avec un drap à terre, avec les moyens du bords.» S’il a réalisé surement l’œuvre la plus complète en termes de patchs métal, rien ne le destinait à cet univers : « J’ai toujours été fan de rap à la base. C’est venu au collège, j’avais des potes qui écoutaient du métal et on a gagné des places à la radio pour un concert, c’était Linkin Park. Petit à petit, on a commencé à en faire de plus en plus, puis c’est vraiment venu au lycée. »
Une démarche venue naturellement au fil des années et qui a poussé Melchior Tersen a traversé la France de part en part pour trouver son bonheur: « Je n’ai fait ça qu’en France je trouvais ça cool de le faire ici. Il y a ce qu’il faut, même si c’est fait en France. Il y a beaucoup de vestes qui appartiennent à des étrangers, des mexicains des américains et des allemands. En restant en France, on voyage ailleurs quand même au fil des rencontres. » Un projet très ambitieux, mais qui a réussi à voir le jour grâce à une rencontre pour le moins inattendue : « J’ai fait ça dans mon coin en parallèle. J’ai commencé à faire quelques maquettes pour les proposer a des éditeurs puis j’ai rencontré Pedro Winter (fondateur de Ed Banger). Je faisais une expo sur Paris, il avait vu mon boulot puis il a cru au projet. Travailler avec Ed Banger, ça permet d’être diffusé partout. Pedro m’a mis dans les meilleures dispositions. Il m’a donné carte blanche, moi c’est vrai je me concentre surtout sur le fond et là ça apporte du professionnalisme .» L’artiste noue une relation toute particulière avec le temps et voulait une œuvre dans cet esprit: « On m’a arrêté sinon c’était sans fin. L’idée c’était de faire quelque chose d’intemporel. Ça ne me fait pas rêver le futur, je voulais quelque chose de romantique un peu hors du temps. J’aime bien le présent et je trouve qu’il y a assez de choses intéressantes dans le passé déjà.»
Ce rapport au temps est omniprésent jusqu’au titre de l’ouvrage « Killing Technology » qui va également dans ce sens : « Ça vient de l’album de Voivod sorti en 87 comme moi (ça c’est ma mère qui me l’a rappelé). Puis il y a eu Hiroshima et tout l’univers post-apocalyptique, les Mad Max ou les mangas, je suis très culture japonaise. J’aimais bien l’idée de ralentir parce que c’est la course à tout, à l’armement et la technologie.» Si l’œuvre se veut intemporelle il a bel et bien fallu du temps pour le réaliser et une bonne dose de patience pour récolter les précieux sésames: « J’ai commencé à avoir quelques patchs à l’adolescence et dès que j’ai su que j’allais faire le livre je me suis mis à vraiment les collectionner, j’en ai plus de 500 et ça m’a pris deux ans à temps plein. Je suis sur ma septième veste, dessus, je peux mettre 70-80 patchs. C’est grâce à ma petite sœur, elle m’a aidé à la couture je galérais avant. Une journée type : c’était la Fnac en journée, c’est là que je travaillais, le portable sur Ebay et le soir j’étais sur les site d’enchères. Pendant un an et demi ma vie était rythmée par les enchères. »
Un travail acharné et une motivation sans faille mais pour un résultat dantesque : « C’est 500 pages sans texte j’aime le côté visuel c’est un livre d’image plus qu’un livre de photo. Ça fait 500 pages parce qu’on a été ambitieux. Tout le monde méritait sa place : de la veste super chargée avec des patchs super rares à celle du petit jeune qui n’a pas trop les moyens. Elles ont toute leurs propres histoires et je voulais les mettre en valeur et respecter le plus possible le travail que les passionné(e)s ont fait dessus.»

Objectif réussi, car le fameux livre d’image épuré et élégant est un ovni artistique. Il sera même disponible chez Colette, le temple parisien de la hype.Si le mélange entre l’art et le métal n’est pas évident au premier abord, il l’est pour le photographe : « Ça fait 35-40 ans que ça existe les patchs métal. Ce n’est pas une question de mode. Il y a de tout dans les patchs du gore, du mignon, du politique, de la mythologie, du fantastique. Ce n’est pas un livre de tendance mais ça fait partie de la pop culture. Je voulais parler de métal dans l’art et ce n’est pas évident. L’art contemporain ça se dit ouvert mais c’est très balisé. J’ai fait deux ans dans une école d’Art, ça n’a pas marché parce que ce n’était pas pour moi.» Si le parisien arrive à comprendre et à mettre en valeur le fruit de ces passionné(e)s, c’est parce lui-même est passionné mais pas de ce que l’on peut croire au vu du livre:  » Ma base, c’est le foot, le rap et Dragon Ball. Tout ça m’a permis de m’élever aussi. Le foot ça m’a appris la géographie, par exemple qui sait que Malmö c’est en suède en cm1 ?!Même cas pour le rap, c’est con mais grâce au rap, je connais toutes les prisons de Marseille sans jamais y être allé. C’est un puit culturel incroyable le rap. Ça donne énormément de référence, les mangas aussi ça m’a emmené sur la science-fiction, la bande dessinée, la lecture, etc.»

De passionné à collectionneur, il n’y a qu’un pas et avec Melchior il est franchi allègrement: « J’aime bien tout ce qui est désuet, les vieux jouets des années 90. Je suis un gros collectionneur : t-shirts, mangas, carte Dragon Ball , dvd, cd… Je n’achète quasiment rien dans le circuit neuf à part des cd. D’ailleurs le dernier PNL, c’est le truc le plus rentable que j’ai acheté. Récemment, j’ai dû l’écouter 100 fois pour 10 euros sinon je ne suis que sur des secondes mains. J’aime aussi le design mais j’irais jamais acheter des chaises chez Carl Hansen. Là, j’ai trouvé un superbe porte manteau des années 70, signé, dans un vide grenier, je suis hyper saucé. Chaque objet a une histoire, ils sont chargés d’énergie.»

Si « Killing Technology » sera disponible dans quelques jours, le 31/10 chez Colette notamment, Melchior Tersen devrait encore faire parler de lui très prochainement : « J’ai beaucoup de projets et pas mal de choses déjà prêtes.»

Interview anti-collectionneur :

Un seul groupe de métal : Type O Negative
Un seul track métal : Deathcrush de Mayhem
Un seul manga : Dragon Ball
Un seul joueur du PSG : Blaise Matuidi
Un seul groupe de rap/rappeur : Despo Rutti
Un seul track de rap : A3 de Booba
Un seul patch : Schizophrenia – Sepultura

Dans les oreilles de Melchior Tersen :

Djadja & Dinaz – On s’promet
PNL – Dans la légende
Despo Rutti -Majster
Yung Lean -Warlord
Kalash Criminel, Ghetto Phénomène, Hi-Tek..

Melchior Tiersen © Julien Lachaussée

Soit le 1er à tout raser