Rencontre avec Jon Schaffer d’Iced Earth

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Jon Schaffer / Iced Earth © Julien Lachaussée.

En attendant que le 12e album d’Iced Earth « Incorruptible » (Century Media) soit dans les bacs le 16 juin 2017, j’en ai profité pour discuter longuement avec Jon Schaffer, « guitariste pilier » fondateur de ce groupe de heavy métal, aux multiples line-up.

Tu nous vends « Incorruptible » à la hauteur des albums cultes de Iced Earth « The dark saga » (1996), « Something wicked this way comes » (1998)  ou « Dystopia » (2011). Comment peux-tu en être aussi sûr ?

Jon Schaffer : Je peux te dire que le processus de création a été extraordinaire avec des émotions intenses depuis le début donc je pense ne pas me tromper en disant que cet album est à la hauteur mais bien sûr ce sont les fans qui vont en décider.

Avez-vous déjà joué  certains titres d’« Incorruptible » en public ?
J. S. : On a décidé d’ouvrir un concert en décembre 2016 avec « Great heatchen army ». On ne l’avait pas encore enregistré, tu imagines ? Mais il a bien fonctionné. On a été ravi.

Quel a été le processus de composition de cet album ?
J. S. : Comme habituellement, sauf qu’à présent j’ai mon propre studio, un vrai, pas un studio de poche. Il y a une salle de contrôle avec un beau lieu d’enregistrement. J’en suis très fier car ces dernières années j’ai eu mon équipement dans différents endroits du globe ou dans des boxes. J’ai été obligé de travailler dans des conditions parfois qui m’ont fait regretter mes affaires. Donc, cette fois-ci, dans mon studio, j’ai pu collecter les idées des  autres et je les ai travaillé à ma propre sauce avec des démos détaillées et des mélodies. Ensuite et seulement, je mets les paroles dessus et la voix en dernier lieu.

Tu es le maître de Iced Earth alors ?
J. S. : En quelque sorte, mais je dois dire que les autres me font entièrement confiance, c’est notre habitude, malgré un line-up changeant, je procède comme cela depuis plus de 30 ans d’ailleurs.

32 ans.  En 1985 quand le groupe s’appelait encore Purgatory, pensais-tu aller aussi loin en le renommant ensuite Iced Earth ?
J. S. : Oui bien sûr, je n’en ai jamais douté. On a eu quelques changements de programme, des ennuis de santé qu’il a fallu surmonter. Mais tant que j’aurai quelque chose à dire et que je pourrais le faire, je continuerai. On a du faire un break de quelques années à un moment car trop de choses se passaient dans nos vies respectives mais il n’a jamais été question d’abandonner.

Au contraire de nombreux albums d’Iced Earth, « Incorruptible » n’est pas un concept album mais il semble que le thème de l’humain soit présent ?
J. S. : Il n’y a pas vraiment de thème sur cet album juste une collection de différents titres qui parlent de choses différentes. Par exemple « Ghost Dance » est un titre concernant les natifs américains, j’ai essayé de capturer cet esprit. « Black flag »  parle des Irlandais. J’essaie de donner une représentation sonore d’une idée. La musique ouvre la voie à ce que les mots doivent dire. Les arrangements doivent être terminés avant de mettre les textes. Tu as raison c’est le premier de nos album qui n’est pas conceptuel. Il y a certes un aspect humain mais pas un vrai thème. Je ne voulais absolument pas cela en débutant l’écriture de « Incorruptible ».

De quelle manière penses-tu à ces sujets tous très différents ?
J. S. :
Cela bouillonne dans ma tête pendant quelquefois des années et d’un coup ça se met en place et la chanson est là. Les deux titres ci-dessus mentionnés sont des exemples types de ce que je te raconte. Cela n’a rien a voir avec le développement humain (lorsque tu apprends des choses et que tu les exprimes) mais vraiment beaucoup plus spirituel. Une des chansons de « Something wicked this way comes » par exemple a été écrite des années après que mon meilleur ami se soit tué en moto. Nous avions 16 ans. Je savais que je lui dédicacerai un titre, « Watching over me »  a toujours été là mais il n’est sorti qu’en 1997.

Est-ce que tu t’intéresses à des ouvrages en psychologie ou autre ?
J. S. : Pas du tout, je veux me faire ma propre opinion des choses. Je pense que rien ne remplace notre expérience. J’ai un peu de mal avec l’interprétation de certain sur nos agissements. Tu le comprends, je suis un homme très indépendant et je préfère faire mon chemin. Je ne fais pas confiance au gouvernement, ni aux médias, ni au système éducatif des États-Unis mais je peux voir les manipulations et je garde l’esprit critique. Nous devrions tous apprendre de chaque jour qui passe. J’essaie sans baisser les bras.

Tu es un battant ?
J. S. : Tout ce qui peut m’empêcher de faire ce que je veux, je le surmonte ou je l’explose. Le seul truc qui peut m’arrêter c’est de n’avoir plus rien à dire. Je n’ai pas envie un jour de faire un album médiocre juste pour rester sur le devant de la scène. Je pense que je serai capable de discernement pour pouvoir m’arrêter à temps si cela arrive.

Pour son troisième album avec Iced Earth, l’alchimie est toujours au beau fixe avec Stu Bock au chant ?
J. S. :
Oui, c’est mon alter ego. Dès notre rencontre nous avons su que spirituellement ça allait le faire plus que seulement être un membre du groupe. D’un point de vue humain et professionnel nous avons vécu des choses assez intenses et cela n’a fait que renforcer cette fraternité. D’ailleurs en trois ans de temps, le groupe s’est trouvé complètement transformé en bien plus soudé et fort. On a fait deux albums studios et un DVD live. Beaucoup de travail et l’envie de tourner autour du monde nous a repris. Asie, Afrique du sud, Europe, Australie, Nouvelle Zélande. Ce fut massif. Nous avons tous grandi ensemble. Le titre « Brothers » sur cet album fait référence à notre amitié, c’est Stu qui en a eu l’idée.

Depuis seulement trois albums, on sent un souffle nouveau chez Iced Earth, comment ont réagi les anciens fans ?
J. S. : Évidemment les fans de la première heure ont été déçus certaines personnes ne s’y feront jamais. Certains fans ayant découvert et adoré le premier album vont continuer à avoir du mal à s’adapter. Il faut accepter le changement et je pense que la vie continue et qu’il faut trouver un moyen de continuer à l’apprécier. La majorité de nos fans a accepté Stu bien sûr mais il existe des gens qui vivent dans le passé. Je ne veux pas vivre dans le passé.

Tu as dit ne pas vouloir prêcher pour les gens. De nos jours, penses–tu que finalement tu devrais ?
J. S. :
Je ne pense pas avoir dit ca dans ce sens là mais je voudrai préciser que c’est toujours génial lorsque tu inspires positivement les gens. Nous ne sommes pas un groupe qui écrivons sur des dragons et des châteaux, on a  un peu plus de profondeur  et d’envergure, je t’assure (rires.).  Nous avons un pouvoir émotionnel et mon job est de transmettre cela au public. Stu, en tant que chanteur, se doit d’interpréter les titres pour que le public y croit et reçoive cette émotion. Voilà ce que je voudrais expliquer aux gens.

Tu as vécu un moment sur une île des Caraïbes, pourquoi ce besoin de couper avec le monde ?
J. S. : Je suis un enfant de la campagne tu sais, ma vie est particulière et j’ai besoin de me ressourcer. La solution de cette île était parfaite. J’y ai retrouvé une paix intérieure avec l’éloignement C’est comme cela que je recharge mes batteries.

Soit le 1er à tout raser