Rencontre avec Johnny Stevens de Highly Suspect

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Johnny Stevens / Highly Suspect © Julien Lachaussée

J’aime ces jours de surprise lorsque sur mon chemin se trouve une perle rare. Highly Suspect, ce trio américain originaire de Cape Cod, est en ville pour un concert unique. Tant mieux, ça me permet de rencontrer Johnny Stevens à la plastique irréprochable. D’un abord peu démonstratif il se dévoile abordable et prêt à discuter de tout et de rien avec une simplicité bluffante, assis dans un showroom chez Sony Music. Tous les sujets peuvent être abordés même en ces moments de jet lag intenses où il continue à donner le meilleur de lui-même… entretien tout en émotions et en retenue avec un outsider de taille.

J’ai lu dans le magazine « My rock » et ça m’a bien fait rire d’ailleurs, que nous autres frenchies devions cacher nos escargots car vous arriviez en ville. Est-ce une métaphore ou parlais-tu vraiment de nourriture ?
Johnny Stevens : Ahah c’est surtout une phrase que je n’ai jamais prononcée, cela doit être Rich ou Ryan (les jumeaux fondateurs du groupe, respectivement bassiste et batteur).  Ça leur ressemble bien comme humour décalé. Par contre, je me demande vraiment si les français mangent des escargots, ça fait un peu cliché non ?

De retour en France, quel souvenir gardes-tu de tes passages ici ?
J. S. : Le festival de Charleville et 5 jours extraordinaires passés à Paris. C’est mon deuxième séjour. J’ai quelques amis ici mais je n’aurai pas le temps de les voir, on repart dès demain après le concert pour la tournée européenne. Le marathon reprend.

Beaucoup d’émotions ces derniers temps avec la sortie de l’album « The Boy Who Died Wolf » et surtout cette nouvelle nomination aux Grammy Awards du meilleur titre rock avec « My name is Human » dont le clip vient juste de sortir…
J. S. : Oui très heureux, on a été nominés 3 fois (2 fois pour l’album « Mister Asylum » meilleure chanson l’an dernier et meilleur album) et cette année. Ce n’était pas mon but dans la vie mais ça fait vraiment plaisir. Être nominé en lice avec une chanson de David Bowie est pour moi irréel.

Comment te sentais-tu lors des premières nominations l’an dernier ?
J. .S. : Je pensais que c’était un honneur de faire partie de la cérémonie. Je n’y allais pas pour gagner, ni pour perdre bien sûr, mais c’est un moment de reconnaissance professionnelle de notre musique très importante. Cette année, lors de l’émouvant hommage à David Bowie, je me suis dit que j’étais vivant et que ce cadeau de la vie ne pouvait être qu’un moteur de plus pour créer.

Ces nominations ont donc été déclencheur pour toi ?
J. S. : Ça nous donne évidemment une exposition énorme mais surtout l’envie sans être le but. Qui avait entendu parler de nous avant ? Bien peu. La culture est essentiellement visuelle de nos jours.

Dans le clip de « Serotonia » notamment, esthétiquement, tout est perfection mais dans tes yeux passent un sentiment de profonde tristesse. Contrôles-tu ton image comme un comédien ?
J. S. : Je te remercie mais vraiment je ne joue pas un rôle, dans ce clip notamment c’est vraiment moi il y a un an. Une image de moi-même à cet instant de ma vie dans cet endroit particulièrement. La période était difficile.

Le thème de la mort plane sur votre troisième album « The Boy Who Died Wolf »
J. S. : Ce n’est pas vraiment l’intention malgré le titre mais mon meilleur ami est décédé lors de l’enregistrement de cet album.  Le titre « For Billy » lui est dédié. La mort rôde et fait partie de notre quotidien. Par contre sur l’album d’autres titres sont opposés à ce sentiment comme « Postres », « Chicago », « Send me an angel » qui sont des titres qui parlent d’amour. Il y a plein de thèmes.

Es-tu un être torturé ?
J. S. : Je ne dirai pas ça. J’ai mon lot de tristesse mais je suis définitivement positif et même plutôt bon vivant. Je ne suis absolument pas dans la tragédie des choses qui me sont arrivées comme à tout le monde d’ailleurs. Ma vie est à l’image des montagnes russes. D’énormes hauts et des bas. La vie est cruelle mais elle est magnifique.

Parles-tu aisément de ta vie dans la presse ?
J. S. : Je réponds volontiers aux questions, pas de problèmes, mais en fait tout est dit dans mes textes. Les chansons parlent pour moi.

Ta vie en ce moment avec Highly Suspect est au top
J. S. : Je m’amuse beaucoup avec le groupe et notre public est extraordinaire. J’ai d’ailleurs hâte d’être reposé et en forme demain pour jouer.

Est-ce que Highly Suspect s’apparente à un  boys band ?
J. S. : Ahah carrément ! On est un boys band et le plus cool des boys band qui ait jamais existé ! J’ai d’ailleurs pensé qu’on pourrait faire une petite chorégraphie prochainement dans un clip. Je peux danser, il faut voir avec les autres.

Ça peut être d’une coolitude absolue. Est-ce que cette cool-attitude est l’effet de Cape Code, la ville où tu as grandi ?
J. S. : Cape Code est l’endroit le plus magnifique de la terre pendant 3 mois l’été. Tu connais « Murder She Wrote » avec Angela Landsbury ? (ndlr : « Arabesque ») ? C’est là également où Marilyn Monroe et John F. Kennedy ont écrit une partie de l’histoire. Les maisons y sont fleuries, le soleil brille, la plage et la mer sont idylliques, tout y est stylé, les voitures de luxe, les glaces incroyables. Le monde parfait. D’un coup en septembre, tout repart et le vent prend le dessus, le froid arrive et s’installe. Tout change. C’est un endroit très intéressant néanmoins, j’adore y revenir deux ou trois fois par an.

Tu y serais resté dans d’autres circonstances ?
J. S. : Non, je suis un artiste et j’ai besoin de voir du pays, de rencontrer des gens, de créer. La musique est pour le moment le point fort mais j’ai une ligne de vêtements et des magasins depuis un moment : L.A. , N.Y…. Je m’intéresse à la production d’autres artistes, à tout en fait. Je ne resterai pas une rock star toute ma vie, il y a trop de choses à faire. Chaque âge doit être vécu différemment.

La question tatouage pour faire plaisir à nos lecteurs, tu en as beaucoup mais ne les expose pas forcément. Quel était ton premier et pourquoi ?
J. S. : Pour mon anniversaire à l’âge de 18 ans, j’ai commencé par deux étoiles sur les coudes. Mon père est tatoué ainsi que beaucoup de monde autour de moi. À présent je collectionne de l’art sur ma peau, la démarche est différente. J’ai rapidement fait les bras et le corps sans planifier. J’en ai fait un moi-même sur ma jambe. J’ai commencé le visage et on verra si je vais plus loin sur cet endroit. Rien de décidé.

Aurais-tu pu être artiste tatoueur ?
J. S. : Pas du tout, j’adore dessiner mais la technique est difficile. La peau est un matériau très particulier, en tatouant ma jambe je m’en suis aperçu. Ça bouge dans tous les sens et chaque peau est différente.

L’année 2017 s’annonce bien pour toi ?
J. S. : Oui, la tournée et aussi l’envie d’écrire un nouvel album. J’ai tellement d’inspiration en ce moment. Je n’en aurait peut être jamais plus autant, alors je collecte les idées et les textes pour pouvoir passer en studio à la fin de l’année. Ce serait idéal. Il y aura le Main Square à Arras le 2 juillet mais tout commence demain avec notre concert parisien.


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