Rencontre avec le groupe Mew

Mew © Julien Lachaussée

Non ce n’est pas une espèce de Pokémon dont je vais vous parler aujourd’hui, mais bien du groupe de new prog, indé et danois : MewNé en 1994, ce n’est qu’en 2003 que le groupe explose en recevant la récompense du « Danish Music Critics Award Show » pour le meilleur groupe et meilleur album de l’année au Danemark. Depuis, ils ne cessent de parcourir le monde avec leurs créations musicales et visuelles. Le leader introverti chanteur, Jonas Bjerre et le bassiste dandy-chic, Johan Wohlert nous ont ouvert leur univers « visuals » l’espace de quelques minutes.

Bien qu’ils ne fassent pas leur âge, leur expérience est bien présente sous les traits de musiciens très calmes et posés. L’interview qui suit révèle de belles personnalités tournées vers le monde, on sait que les nordiques ont une longueur d’avance alors let’s play Danish rules !

Comment avez-vous conçu cet album « visuals » qui sort le chez Pias ?
Jonas Bjerre : On a toujours un point de départ pour nos albums. Chaque titre est indépendant de l’autre, beaucoup plus que ce que l’on a déjà fait. On a réalisé au moment du mixage que l’on avait un album très cinématique. Avec les transitions entre les titres, on pourrait presque penser que c’est un concept album.

Les titres sont énigmatiques, j’ai eu du mal à vous suivre, peux-tu essayer de m’expliquer ?
J. B. : Oui je sais. On a commencé à travailler nos shows avec des animations visuelles il y a quelques années et on voulait mettre le paquet sur cet album déjà avec le titre « Visuals » et ensuite parce que l’on avait plein d’idées visuelles telles une peinture, une photo. Ce matériel visuel nous a entrainé à écrire chaque titre. Ce qui m’importe quand même c’est que les auditeurs se fassent une opinion, ne pas expliquer plus pour justement qu’ils se laissent submerger par notre univers.

C’est quand même un peu abstrait comme  concept pour certains d’entre nous !
J. B. : Je le conçois mais le son ne doit pas nécessairement être concret, l’ambiance de nos concerts te plonge dans ce côté abstrait qu’il faut expérimenter. On est le style de groupe qui se pose plus de questions qu’ils n’apportent de réponses.

Justement, cet album a été composé au moment des évènements terroristes mondiaux, cela a soulevé surement beaucoup de questions pour toi ?
J. B. : Tout à fait. Un message d’espoir plane sur tous nos titres, certains sont des sortes de petites prières pour le futur, positives mais en rapport avec la réalité.

L’album a été composé rapidement ce qui est inhabituel pour Mew, quelle en est la raison ?
J. B. : On en a tous eu assez de passer des heures, des jours, des mois pour peaufiner à l’infini. Et trop à mon avis. Avec un peu plus de maturité, on a décidé de passer plus de temps sur scène ensemble qu’en studio. On a une réelle énergie sur cet album, qui est plus frais, plus positif. Ca nous a surpris nous mêmes de procéder de cette manière.

Le fait de gagner en âge vous fait progresser ?
Johan Wohlert : C’est surtout le fait d’accepter l’inévitable. Le fait est que nous prenons en expérience et que nous savons ce que nous voulons. On gagne du temps. On prend des décisions plus rapidement. La partie de doute que l’on ressent à chaque création est moins stressante. On croit en notre instinct.

Est-ce important pour vous d’évoluer avec le monde ?
J. B. :  Oui, néanmoins je préfère le monde tel qu’il était avant. Bien sûr il existe des tas de choses pour satisfaire toutes nos envies, la technologie est captivante mais la plupart des gens n’utilisent pas ces outils intelligemment. Lorsque je vois une famille au restaurant chacun sur son portable, je ne peux pas m’empêcher de ressentir de la tristesse pour toute cette froideur.

J. W. : Plus personne ne s’ennuie de nos jours, la sollicitation est permanente. L’art est né de l’ennui, de la conformité et cette hyper-stimulation empêche toute création. Dans un autre registre, tu vois la tête que tu fais lorsque ton portable n’a plus de batterie. Cela peut rendre des gens fous.

Vaste problème moderne insoluble ?
J. B. :  Il faudrait se rendre plus disponible à nous mêmes et aux autres. Mieux se connaître. Ma grande peur pour les générations futures c’est cela : ne pas savoir qui tu es, ce que tu doit faire, ne pas réussir à se trouver dans cet environnement. Et puis aussi être contrôlé par des machines me paraît très flippant. Ça relevait de l’imagination mais c’est très concret maintenant.

J. W. : En contrepartie je suis sûr que des choses géniales vont arriver. Pour l’instant,  prendre mon café le matin sans portable et regarder autour de moi la beauté du monde.

Il faudrait tout simplement enseigner aux nouvelles générations les basiques, en musique par exemple, car les médias sont très néfastes en la matière. Il faudrait développer le sens critique des enfants ?
J. B. : Je suis d’accord mais au final on veut tous la même chose, on a tous besoin des mêmes choses. Dans notre monde c’est difficile de s’y retrouver. Les ennemis existent, la souffrance des nations existe. Je suis très sensible à tout cela et aussi avec ce qui est arrivé avec l’élection de Trump. J’ai suivi avec intérêt vos élections en France, qui étaient préoccupantes. Nous vivons dans des temps flippants. Tout le monde doit s’impliquer à son niveau dans l’éducation !

Vous êtes sur scène ce soir au Point Ephémère, c’est une petite salle comparée à celles où vous avez l’habitude de vous produire ?
J. B. : Oui nous sommes peu connus en France, c’est agréable aussi la proximité du public. Je suis déjà allé dans ce quartier qui bouge beaucoup la nuit n’est-ce-pas ?

Effectivement, ça bouge beaucoup la nuit. Quel regard portez-vous sur Paris ?
J. B. :  J’ai quelques amis ici et mes parents ayant passé leur lune de miel à Paris, j’ai toujours entendu parler de cette ville magnifique. Selon moi c’est la ville des gens qui savent apprécier la vie, un modèle de socialisation, de l’art à tous les coins de rue, l’architecture, les lumières.

J. W. : Je venais pendant mon adolescence faire du skate à Paris. J’avais des tas de copains et j’en garde un souvenir merveilleux. Nous allions à la Défense qui était en pleine construction. Je trouvais cet endroit tellement moderne et attirant. J’aimerai y retourner pour voir le changement. C’est d’ailleurs un architecte danois : Johan Otto Von Spreckelsen qui a conçue la Grande Arche.

Soit le 1er à tout raser