Rencontre avec Daru Manu, tatoueur chez Art Corpus

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Daru Manu © Julien Lachaussée

De nouveau sur Paris, Manu réside en ce moment au shop « Art Corpus » où il y a posé ses aiguilles et son savoir-faire. Influencé par un art traditionnel, Daru Manu nous raconte ces légendes chinoises et japonaises qui l’ont poussé dans les bras d’une pratique peu courante en France. Donnez-lui votre corps en offrande et il fera de vous le porteur d’une histoire, d’une émotion que vous ne voudriez jamais cacher sous votre t-shirt.

Qu’est-ce qui t’a amené à être tatoueur ?

Daru Manu : J’ai eu le déclic lors de mon voyage en Thaïlande pour la boxe.Je me suis fait tatouer après un combat, de minuit à 7h du matin, c’était du grand n’importe quoi. (Rires.) C’est à ce moment là que j’ai su que c’était ma voie. Par la suite, j’ai tatoué un an à l’armée et j’ai commencé mon apprentissage. Je pense que le rituel d’encrer la peau, y mettre des pigments, a un côté magique qui m’a charmé.

L’art japonais est devenu ton style de prédilection.

D. M. : Oui, je suis très passionné par le tatouage traditionnel japonais qui est vieux de 200 ans. C’est un tatouage qui agence et sublime le corps afin que tous les éléments choisis s’assemblent comme une oeuvre. Je dirais que le tatouage japonais est un héritage culturel du Japon, même si leur société le rejette. Il a été banni vers 1850 et re-toléré vers 1950 et encore aujourd’hui l’état se pause des questions sur son interdiction. Au final c’est grâce aux Yakuzas que le tatouage a pu garder sa place dans le pays, mais vu qu’ils préfèrent ne plus se tatouer pour se fondre dans la masse, cela se perd. C’est fou de se dire que c’est grâce à des bandits qu’un art a pu persister. (Rires.)

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Comment t’es-tu inspiré de cet univers ?

D. M. : En investissant beaucoup d’argent et de temps dans les livres d’art japonais que j’ai longuement étudié. Je recherche des vieux livres des années 70 qui sont très dur à trouver, dans le but d’apprendre des maîtres Japonais. Je décortique tout, j’apprends chaque technique, chaque forme, mes yeux ne voient que ça depuis un moment.

Le fait d’être occidental avec une technique japonaise, ça a du bon ?

D. M. : Je ne sais pas… Pour moi c’est peut-être plus dur, vendre du traditionnel en étant blanc… (Rires.)

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© Julien Lachaussée

Qu’est-ce que le tatouage traditionnel ?

D. M. : Je dirais qu’il y a le travail fait par les anciens, et celui d’aujourd’hui dont les techniques de piquage sont différentes. Il faut savoir que l’art traditionnel est directement inspiré des estampes japonaises ou chinoises. À l’origine, tu donnes ton corps à un seul maître tatoueur, il commence par tatouer la pièce maitresse : le dos (épaule jusqu’au milieu de cuisse) et fera le reste au fur et à mesure. En voyant cela, les autres tatoueurs savent qu’ils ne peuvent pas te piquer. C’est un genre de code d’honneur.

Tu fais souvent des aller-retours entre Paris et la Corse. Penses-tu que l’esprit du tatouage est le même ?

D. M. : Oui c’est exactement la même chose, les client s’inspirent d’Internet et des magazines de mode, ce n’est pas très intéressant. C’est pour cela que j’ai voulu aussi me spécialiser dans le japonais, je voulais offrir un art à mes clients et pas être juste un mec qui sait tout dessiner.

As-tu déjà refusé des propositions ?

D. M. : Oui ça m’est arrivé, des personnes qui venaient avec des idées peu profondes ou parfois même politiques. Cela a un impact sur mon travail donc je préfère les orienter vers ce que je fais sinon je leur conseille d’aller voir un autre tatoueur.

Aujourd’hui ta maison c’est Art Corpus…

D. M. : Depuis le mois de septembre, je suis sur Paris en force et je suis ravi de travailler avec eux. J’ai la chance de tatouer dans un atelier privé où je peux apporter mon univers créatif. C’est important car ça me permet d’avoir une approche plus facile avec mes clients pour leur présenter mon art. Par exemple hier, une nana voulait une frise genre lacet noué au poignet assez basique. Je lui ai montré des livres japonais sur les fleurs, lui ai expliqué l’art traditionnel et nous sommes partis sur une jolie frise avec des pivoines. Bon… Quelques fois je suis quand même obligé de faire la merde que les autres ne veulent pas faire. (Rires.)

Que penses-tu Mondial du Tatouage ?

D. M. : Je ne manquerai pour rien au monde cet événement qui me permet de retrouver mes potes, mes confrères. Passer un week-end à travailler, faire de nouvelles rencontres, c’est un assez bon stimulant artistique.

Une question qui me revient souvent aux oreilles, est-ce grave de ne pas faire d’apprentissage ?

D. M. : Être tatoueur c’est un métier, comme tout métier on apprend d’une formation. Il y a certains autodidactes très bons mais passer la charrue avant les boeufs n’apporte rien. On ne fait pas ce métier pour rigoler, si tu es passionné et que tu as ça dans le sang alors je recommande l’apprentissage. Le tatouage ne se limite pas qu’à la pratique, tu dois apprendre à avoir le contact avec la clientèle, intégrer les règles d’hygiène, savoir élaborer un tatouage, dessiner en fonction des courbes du corps… C’est un ensemble de compétences qui fait de toi un vrai tatoueur. J’entends souvent les jeunes de 17/18 ans vouloir être tatoueur alors qu’ils ne sont pas eux-même tatoués. La télévision stimule et donne énormément d’engouement mais malheureusement pas à sa juste valeur.

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Daru Manu © Julien Lachaussée

« Daru Manu », ça vient d’où ?

D. M. : C’est un nom valise, je me prénomme Emmanuel et j’ai emprunté Daru à Daruma, le Bodhidharma. C’est un moine qui a insufflé tout le mouvement zen au Japon et qui est souvent illustré par une poupée rouge à un oeil. Selon l’une des légendes, il se serait endormi lors d’une contemplation, pour pénitence il se serait découpé les paupières. Ces dernières jetées au sol se seraient transformées en arbre à thé. C’est une image positive, assez droite mais dure à la fois, ce qui me représente bien.


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Créateur de BARBERLINE. La barbe est mon emblème et le Hip Hop mon harem. J'ai la flemme d'écrire tout ce que j'aime en espérant que nos thèmes vous plaise.

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