Oi! Oi! Rencontre avec le groupe Dropkick Murphys

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Al Barr © Julien Lachaussée

Rencontrer Al Barr de Dropkick Murphys, c’est comme ouvrir un livre sur cette partie historique du punk oi américain que tout le monde croit connaître. Sur le devant de la scène depuis 1996, la famille, la classe ouvrière, la fierté des origines irlandaises restent la devise. Néanmoins, le temps qui passe est évoqué en filigrane et fait de cet entretien un moment spécial à l’aube de la tournée des 20 ans du groupe.

Votre public est ecclectique composé de punks, skins, hardcore fan, rockers et métalleux. Est-ce le cas dans chaque pays ?
Al Barr : Nous touchons toutes sortes de personnes c’est vrai, depuis plus de 20 ans maintenant. Ceux qui ont débuté avec nous, amènent à présent leurs enfants. Les liens du cœur sont au centre de notre mouvement c’est une sorte d’héritage que l’on partage tous ensemble.

Revenons à votre public, quelquefois un peu limite. On se souvient que vous avez sorti un nazi hors de la scène en 2013.
A.B. : Le punk hardcore américain c’est de là que nous venons. J’ai grandi au début des années 80 dans le milieu skin, c’est presque génétique. « Make the music for the people » c’est ce que le punk exulte et je me retrouve dans ce slogan. Pour ce qui est de certaines personnes, ce n’est pas la première fois que cela arrive de les virer seulement s’ils envahissent la scène. La plupart du temps je les ignore. Il ne faut surtout pas rentrer dans ce jeu.

Il a dû s’en passer des centaines d’anecdotes pendant les concerts de DKM ?
A.B. : Oui, comme le jour où une horde de mecs du KKK ont débarqué et ont voulu stopper le concert. On les a fait partir. Il faut de la patience quelquefois et dialoguer si ce n’est éduquer. À Rome on a eu des attaques dans le public (ndlr : par les néofascites de Casapound) et on a été obligé de stopper le concert. Il se passe des trucs de fou même des gens qui font l’amour pendant le show. Tout peut arriver à un concert de DKM. (rires.)

Ce nouvel album « 11 shorts stories of pain and glory » qui sort chez Pias ne déroge pas à la règle DKM. Comment s’est passée la composition ?
A.B. : On s’est véritablement cloitrés dans un studio au fin fond du Texas à trente bornes de toute vie, dans un ranch. Hyper cliché non ? 20 ans après nos débuts cet album est exactement notre essence, j’en suis très fier.

Tu t’es éloigné de ta famille alors ?
A.B. : Enregistrer à Boston ou dans la banlieue, c’est comme si tu partais au boulot le matin. Il y a toujours des interruptions familiales ou autres. Ça te casse le processus de création. On a eu besoin de se couper de tout. C’était la bonne décision, se retrouver tous ensemble sans horaires à respecter. On a eu le temps de bosser, de glander et on a composé plus de 18 titres. On est carrément prêts à sortir un autre album. DKM c’est du solide, de l’organique et cela doit le rester.

Penses-tu avoir découvert la recette du succès ?
A.B. : Non, il n’y a pas de recette magique pour le succès. Le succès peut se définir de manière différente. La plupart du temps, le succès rime avec argent. Ma définition du succès est que je peux continuer de faire ce que j’aime en grandissant avec le groupe, notre public et que notre musique transcende et rassemble les nouvelles générations.

Cet album va représenter l’anniversaire des 20 ans du groupe cette année, le public ne va pas être déçu pendant la tournée !
A.B. : Je suis tellement content de repartir sur les routes à la rencontre de nos fans avec cet album, moderne et organique. Il a été composé dans une année extrêmement difficile pas seulement pour le monde entier mais aussi pour certains d’entre nous.

Notamment dans ta vie personnelle ?
A.B. : J’ai perdu mon frère d’une nouvelles sorte de fléau : la drogue pharmacologique qui sévie dans le nord de Boston. Un vrai problème de société pour lequel il faut lutter. Je pense à m’engager sérieusement le moment venu.

Ta notoriété pourrait effectivement aider des gens.
A.B. : Le fait de parler de tout problème librement et ouvertement fait avancer les choses. Les gens peuvent se dire « ah oui, je ne suis pas le seul, je peux m’en sortir, il existe des supports ». Quand une personne n’a rien dans sa vie et que la drogue la fait se sentir un Dieu, comment fais-tu pour aider ? C’est un challenge !

Pour l’instant la tournée s’impose avec Slapshot en apéritif, un groupe phare né en 1985.
A.B. : Ce groupe est une légende du punk hardcore straight edge. Je connais Jack Kelly qui est là depuis toujours et qui est un des piliers de la scène. C’est le boss, c’est notre première tournée avec eux. On a fait quelques concerts mais la tournée c’est énorme. On va se prendre une bonne claque dans la face.

Sur votre merch, on reconnaît des couleurs et des logos des équipes sportives de Boston, vous êtes véritablement fans ?
A.B. : Ce n’est pas un secret DKM est depuis le début support des équipes de Hockey et de foot américain de Boston et de la Nouvelle-Angleterre (ndlr : Les New England Patriots de Tom Brady basés dans la région de Boston). Matt Kelly, le fondateur de DKM est un fan des Red sox. Si tu crois dans les cycles, avec la chanson « Tessie » on a cassé le cycle de victoire des Yankees de New-York lorsqu’en 2003 on a décidé de prendre à nouveau la chanson « Tessie ». Les Red sox of Boston ont remporté les World Series (ndlr : championnat américain de baseball) la saison suivante ! Tu vois, c’est viscéral ! On y croit à fond. Notre chanson est jouée très souvent aux USA.

Mixer la musique irlandaise et le punk rock est assez bien trouvé, cela puise dans vos racines ?
A.B. : Oui. Notre premier titre était « Barroom hero » un copain nous a dit qu’on sonnait comme les Ramones, on était 4 au début sans tous ces instruments sur le premier album « Do or Die» on avait une cornemuse pour l’album mais pas pour la tournée. On ne voulait pas d’un truc cheap. En 2001 après avoir pas mal bourlingué on a trouvé les bons musiciens punks pour tourner avec nous et en arriver au son que nous avons aujourd’hui.

Lors de l’attentat du Marathon de Boston en 2013 comment la scène locale s’est-elle mobilisée ?
A.B. : On était en tournée ce jour là à Santa Cruz, Californie pour être précis. Après 30 messages sur mon répondeur j’ai voulu rentrer et puis, je me suis dit que c’était une mauvaise idée. On a continué la tournée et on a fait fabriquer des t-shirts avec une image de Boston skyline dont tous les bénéfices ont été aux victimes. Il y a eu aussi des concerts de soutien de tout le monde. Ce fut un moment fort dans nos vies de pouvoir participer à cette action. (ndlr : les DKM se sont toujours mobilisés pour de multiples causes)

Actuellement le monde va mal, qu’en penses-tu ?
A.B. : Le monde actuel est foutu tout le monde attend que quelqu’un d’autre fasse les choses. Un manque d’investissement personnel à l’évidence.

Gojira dans leur dernier album chantent sur le titre « Silvera » : « if you change yourself you change the world » c’est un peu ça ?
A.B. : Changer le monde ? Tu peux changer le monde autour de toi, c’est déjà beaucoup. Je lisais cela il y a peu « si tu veux changer le monde, rentre chez toi et fais un câlin à tes enfants ». Tout part de là… les enfants, leur éducation et leur montrer de l’attention.

Le fait de devenir trois fois père a dû changer bien des choses pour toi aussi ?
A.B. : La famille est la plus importante chose et bien sûr lorsque tu vieillis tu te rends compte de cela. J’ai imaginé ce que cela pouvait être d’être père mais la réalité est encore meilleure.

Les élections américaines se déroulent demain, qu’en penses-tu ?

A.B. : Clairement, on a perdu depuis que Hilary Clinton a posé sa candidature. Tout est perdu depuis longtemps. Je peux te faire le développement de notre nation en long en large et en travers. La finalité est qu’il y a une peur et une insécurité qui s’installe mais je suis sûr de notre système et que nous sommes protégés par des gens de l’ombre. Je ne peux pas croire que Trump va réaliser les choses qu’il raconte. Demain on va être obligé de voter entre deux sortes de cancers.

Contre vents et marées, on vous retrouve en janvier pour la tournée des 20 ans !
On vous donne rendez vous au Zénith de Paris le 28 janvier 2017.

Vous voulez les voir sur scène ?

28 janvier : Le Zénith Paris – La Villette (Paris)
29 janvier : L’Aéronef (Lille) COMPLET
4 février : Zénith Strasbourg Europe (Strasbourg)
14 juillet : Les Vieilles Charrues (Carhaix)

 

Soit le 1er à tout raser