MC Shaolink x Lilou Ciano

Pour notre première interview d’artiste tatoueur, il nous paraissait logique de vous présenter celui qui est sponsorisé par Barberline. Je vous vois déjà ruminer dans vos barbes : Pourquoi Barberline sponsorise t-il des tatoueurs ? Car les jeunes talents ont besoin d’être accompagné vers la lumière. Sombre, décalé, hip hop, autodidacte sont les adjectifs qui définissent MC. Un tatoueur venant de Haute-Normandie et qui à seulement 24 ans a ouvert son propre shop. Remportant de nombreux prix lors de conventions, MC ne s’arrête pas là et souhaite conquérir un autre pays. Par ailleurs, comme vous le savez tous : derrière tout grand homme se cache une femme. Celle-ci se nomme Lilou Ciano ! Ne vous focalisez pas sur ses tatouages, Lilou en a plus dans le ventre que vous ne le pensez. Diplômée de grandes écoles internationales, artiste de métal confirmée, modèle photo et tenante du record du plus grand nombre de tatouages acquis en moins d’un an, ce joli brin de femme n’a pas fini de vous surprendre !

MC-shaolink-barberline-photo-julien-lachaussee

Tu n’as pas été officiellement apprenti, comment as-tu fait pour évoluer ?
MC Shaolink. – Depuis tout jeune, je fus baigné dans un milieu artistique, mon père étant peintre à ses heures perdues, j’ai visité pas mal de musées, de galeries d’art, etc. Mes goûts étant un peu plus underground, je me suis très vite intéressé au monde du tatouage. J’ai en quelques temps cherché un apprentissage, mais les places sont chères et à l’époque, mon niveau n’était pas à la hauteur. J’ai donc essuyé pas mal de refus et reçu quelques « claques », qui m’ont permis d’évoluer plus rapidement. C’est un savoir qui se mérite, et que le chemin soit compliqué est une bonne chose en soi. Durant toutes ces années, de dessin et d’entraînement, j’ai également écumé les conventions. J’ai passé d’innombrables heures à observer le
travail des meilleurs, leurs techniques, leurs règles. Aujourd’hui, je me considère toujours comme un apprenti et à chaque nouvelle rencontre j’apprends des choses qui me permettent d’évoluer.

Quel tatoueur t’as inspiré pour réussir ?
M. S. – Tout le monde m’inspire, aussi bien les bons que les mauvais, car tu vois les erreurs à ne pas faire (Rires.). Maintenant j’essaye de ne pas trop regarder les flashs des autres artistes, pour ne pas  inconsciemment copier. Je tiens vraiment à ce que mes idées et mon style sortent de ma tête et soient le plus personnel possibles pour mes clients. Je ne veux pas que mon book ressemble à une page Google (Rires.).

Justement, pourrais-tu nous décrire ton style ?
M. S. – C’est un mélange de styles que j’aime : Je suis vraiment fan du trad US, des lettrages cholo/ chicanos, mais j’aime aussi les tattoos avec des détails plus poussés voir réalistes. Donc la base de mon travail pourrait être définie comme étant du trad-cartoon… un style alternatif.

Tu as un shop à Bernay, Shamrock Tattoo, une ville assez reculé de la métropole. La mentalité dans le tattoo est-elle différente de Paris ?
M. S. – Pas tellement, au final peu importe ta situation géographique, tu vas retrouver à peu près la même clientèle. À la différence que peu de personnes s’intéressent aux courants alternatifs. Mais j’ai la chance d’avoir une clientèle fidèle qui n’hésite pas à se déplacer pour mon style.

Tu fais énormément de conventions, quel est ton meilleur souvenir ?
M. S. – J’ai commencé les conventions il y a un an et j’en suis à ma huitième. Pour commencer, j’ai reçu neuf prix, et chacun d’entre eux est un bon souvenir. D’avoir la reconnaissance d’autres tatoueurs, que ton travail soit récompensé, c’est très encourageant et ça rend les parents fiers (Rires.). Cela m’a permis d’avoir l’honneur d’être publié dans des magazines spécialisés que je lis depuis toujours, c’est un peu comme un rêve de gosse. Sans oublier bien sûr que c’est en convention que j’ai rencontré ma femme, c’est donc mon meilleur souvenir !

Quels sont tes projets ?
M. S. – Oui, d’ici un an si tout va bien, je pars travailler en Russie. J’ai eu des propositions de la part de nos collaborateurs russes (Nik Barabash, Den Yakovlev…). Par ailleurs, lors de mes
prochaines conventions (Nimes, Nancy en 2015, Toulouse, Tours et Moscou en 2016) vous pourrez nous retrouver en compagnie de Nik Barabash, gérant du salon Real Ink de Saint-Petersbourg.

Le monde du tatouage évolue avec une nouvelle génération de tatoueurs. Certains peuvent être talentueux et d’autres répondent simplement à l’appel du gain, qu’en penses-tu ?
M. S.
Il y a clairement une vague d’artistes talentueux qui arrivent et renouvellent constamment le paysage du tatouage et ce mondialement ! Et c’est vraiment une bonne chose de voir notre art évoluer et perdurer. Pour ceux qui répondent à l’appel du gain, j’ai envie de te dire, qu’il y a mieux comme métier pour être riche ! Il y a tellement de charges et de taxes que selon moi la principale motivation doit être la passion, Ceux qui n’ont pas ça en eux, arrêteront un jour ou l’autre, car c’est de plus un métier plutôt difficile.

Que penses-tu de toutes ces émissions de TV sur le tattoo ?  Y aurais-tu participé s’il y avait eu une version française ?
M. S. – Je pourrais t’en parler des heures et pour tout t’avouer, je regarde peu ce genre d’émission. Mais je pense qu’à la base, c’est une bonne chose, ou du moins c’était censé l’être. Tu prends Miami Ink qui a plus de 10 ans, à l’époque on mettait en lumière un métier peu connu, on y montre la vie d’un salon de tatouage, la proximité avec les clients. Seulement comme toujours la télévision gâche tout, l’audimat prime, donc on te montre une vie trop cool, où tu t’habilles comme tu veux, tu sors etc. Mais on ne voit pas le travail et les sacrifices qu’il y a derrière. Et on se retrouve avec des milliers de personnes qui reproduisent ce qu’il voient a la télé sans rien connaitre qui achètent des kit chinois à 100 € sur internet et bousillent le corps de leur famille, leurs copains et plus… Le pire selon moi, c’est les concours comme Ink Master. L’art ce n’est pas un concours ! Imagine on prend Dali, Monet, et Van gogh. On leur dit: « Vous avez 3 heures pour faire une toile ». On les pousse à l’erreur, on les ridiculise presque, pour l’audimat… Donc pour être clair, je ne critique en aucun cas les protagonistes de ces  émissions, mais les concepts des émissions en général. Les médias te montrent et te font gober ce qu’ils veulent, et selon mon propre constat, l’impact est plutôt négatif sur le monde du tatouage. Donc pour répondre à la deuxième question, NON !

Lilou-barberline-photo-julien-lachaussee

Nous t’avons rencontré la 1ère fois en Belgique, lors d’une convention de tattoo il y a plus d’un an. Les gens te suivaient pour te prendre en photo, tu faisais le show avec le Speakers, une vraie rock star…
Lilou Ciano. – À ce moment là, j’étais connue comme la modèle tatouée qui avait déjà 70% de son corps recouvert en moins d’un an. J’avais chaque semaine un nouveau tattoo et j’étais également connue car je n’ai jamais mal, au contraire ça me fait plutôt du bien et ça impressionne les gens. Beaucoup de photographes avec lesquels j’ai travaillé ont été choqué de voir mon corps autant modifié. J’ai commencé ma carrière de modèle à l’âge de 16 ans comme modèle classique. J’ai travaillé pour des marques comme Lacoste, Guess, Dior et Zara. Ça m’a permis de beaucoup voyager en Europe, dans les pays de l’Est, l’Inde et l’Afrique du Sud. J’étais sponsorisée par des marques, mais avec les tattoos, j’ai dû arrêter ma carrière de modèle classique.

Tu es modèle Inked US je crois… C’est fini pour toi les shootings ?
L. C. – Je suis Inked Girl pour toujours ! J’ai ma page officielle sur le site InkedMagUS. En ce moment, je refuse beaucoup de propositions shooting car je n’ai pas assez de temps avec nos projets tattoos. On se prépare avec MC pour les conventions, du coup c’est un peu chaud pour moi de faire des shooting. Pendant les conventions, je suis toujours prête à réaliser des petits projets de photo. Je suis sponsorisée par des marques de vêtements comme InkAddict, InkArmy, Frenchflut, Deadweight Clothing etc.

Nous avons la vision de MC, mais que représente le tatouage pour toi ?
L. C. – Le tatouage «c’est ma vie !», c est en moi et sur moi… je le vis. Tous mes tattoos sont comme mes bébés (Rires.) Je les aime et je ne me séparerais jamais du tatouage !

Tu as fais des études d’art, pourquoi n’es-tu pas devenue tatoueuse ?
L. C. –  J’ai fais l’académie des Beaux Arts de Bruxelles juste pour le plaisir. Je n’ai pas encore eu la chance de tatouer. J’ai toujours aimé dessiner mais je ne me suis jamais posé la question car avec mes shoots, ma musique et mes études de sciences politiques, je n’avais pas le temps pour apprendre les techniques de tatouage. Peut-être bien qu’un jour je lâcherai tout pour devenir l’apprentie de Paul Acker, par exemple… (Rires.)

Tu as fais des études politiques, où les as-tu faites ?
L. C. – Je suis ukrainienne et j’ai passé mon Bac Sciences-Po dans l’une des meilleures académies d’Ukraine : « Mohyla BlackSea University ». Par la suite, j’ai fais deux ans en Master des relations politiques internationales en Inde, dans une des meilleures  universités de New Delhi : « Jawaharlal Nehru University ». Après mes études j’ai travaillé dans un parti politique en Ukraine pendant les élections et j’étais en même temps journaliste politologue. En 2004, j’ai participé à la Révolution Orange à Kiev. En Inde, je faisais partie des membres du parti de Gandhi, lors des élections en 2011. Mes articles étaient publiés dans les magazines indiens comme Delhi News, Indian Journal of Economics and Business,The Pioneer etc. Après tout ça j’aurais pu devenir députée en Ukraine mais j’ai choisi de découvrir le monde.

Tu es également chanteuse dans un groupe de métal, peux-tu nous en parler ?
L. C.
– J’ai toujours baigné dans la musique car dans ma famille, il y a beaucoup de musiciens. J’ai passé mon enfance dans le garage à regarder les répétitions de mon frère. J’ai commencé avec lui, j’ai chanté dans son groupe de punk rock quand j’avais 13 ans. Après j’ai vite compris que son style n’était pas vraiment le mien. Donc à 16 ans, j’ai formé un groupe avec lequel je pouvais jouer mon propre style : le black metal. Nous avions commencé par des covers de Burzum, Behemoth, Marduk, Cradle of Filth, Suicide  Silence… À 17 ans, j’ai sorti mon premier album avec la collaboration d’un groupe russe connu : North Black. Après la sortie de mon album, j’ai commencé à avoir beaucoup de propositions de concerts, c’était mon moment de célébrité. J’étais devenue une star dans ma ville, je suis la première plus jeune chanteuse : qrawl, scream… En peu de temps, j’étais connue en Russie et en Pologne grâce à mon album qui était placé dans la catégorie du top 5 black metal. À 19 ans j’ai dû quitter mon pays pour aller en Belgique où j’ai formé un nouveau groupe avec lequel j’ai réalisé un projet de black metal. Je progressais à chaque instant et je faisais des concerts en Belgique et en Allemagne. Mon dernier projet a été réalisé en 2014 avec mon nouveau groupe belge Epidemian. Dans un style black/death metal avec lequel j’ai pu faire des concerts en Belgique. En ce moment, je cherche des musiciens en France pour donner des concerts et j’ai déjà quelques petites idées. (Rires.)

Au final, tu es assez connue dans ce milieu…
L. C. – 
Bah, quand même (Rires.) mes albums, mes chansons les gens peuvent facilement les retrouver sur Google, Youtube ou MySpace… Un jour au festival NecroFest en Allemagne pendant le concert de Slayer, Tom Araya passe le micro au public et je l’attrape et commence à screamer. Après le concert, j’ai reçu une invitation pour faire quelques chansons avec eux. C’est ouf quand même, mais j’avais mes propres projets donc je ne les ai jamais recontactés. Peut-être un jour !

MC Shaolink : Facebook / InstagramSite
Lilou Ciano : Facebook / InstagramSite

Photos : Julien Lachaussée.

Créateur de BARBERLINE. La barbe est mon emblème et le Hip Hop mon harem. J'ai la flemme d'écrire tout ce que j'aime en espérant que nos thèmes vous plaise.

Soit le 1er à tout raser