Dillon Cooper, un rappeur de la nouvelle génération

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Dillon Cooper © Julien Lachaussée

En France, comme aux USA, il y a toujours un débat entre Old school et New school. Est-ce que tu penses que tu peux réconcilier les deux écoles du rap ? Dans les médias, il est souvent dit que tu pourrais être cette personne…

D. C. : Je pense que tout a besoin d’équilibre, j’ai 23 ans et je suis né quand le hip-hop a vraiment émergé. Beaucoup de gens prennent cette période pour « l’Âge d’Or » parce que la prestation et la musique étaient à un tel point que cela te donnait envie d’écouter et de ressentir ce que les rappeurs te racontent.
Actuellement les seuls thèmes que tu peux entendre parlent : de salopes, d’argent, de bijoux… mais il y a besoin d’équilibre parce que tout le monde aime faire la fête et il y a des gens qui ne veulent pas écouter du « rap conscient ». Donc tu dois trouver ce bon équilibre qui mixe les deux et tout le monde pourra en profiter et je pense que j’ai fait un assez bon travail avec ma musique.

Je sais que tu joues de la guitare depuis que tu as 13 ans. Jimi Hendrix t’a donné envie de jouer de la guitare ?
D. C. : Ah, mec ! J’ai un tatouage de Hendrix juste là (montrant son avant-bras). Quand j’étais petit, mon père a mis une vidéo de Woodstock, j’y ai vu Jimi jouer et je suis juste resté là… genre : « Wah ! Ce gars est vraiment cool, je veux bouger comme lui, je veux faire sonner ma guitare comme lui ! » C’est aux alentours de mes 13 ans que j’ai appris la guitare. Je branchais l’ampli en mode distorsion pendant que je jouais car je n’avais pas une vraie guitare électrique. C’est à ce moment là que mon père m’a dit : « Si tu veux une guitare électrique, tu dois d’abord apprendre avec celle là ». Donc j’ai commencé à m’entraîner, je jouais seul avec un disque et je posais mes mains, pour essayer d’avoir le même son qui sortait du morceau. Donc pour mon 13e anniversaire mon père m’a offert une Gibson SG et c’est ma première guitare, mon bébé. C’est là que tout a commencé.

Je sais que tu choisis tes instrus avec soin, mais utilises- tu tes propres compositions dans ta musique ? Tu as toujours cette vibe jamaïcaine mais avec toute ta culture musicale, est-ce une désir de mélanger ces styles dans ta musique ?
D. C. : Oui… Avec mes deux projets, je voulais essentiellement montrer que je pouvais raper. Dire aux gens : « Yo, je suis là, je sais comment raper, et je peux vraiment bien raper ». Lors de mes dernières tournées j’ai énormément rapé et j’ai senti une sorte  de distance avec la musique en général. En grandissant, jouer de la guitare était l’une des seules choses que j’avais. C’était ma meilleure amie. Donc de ne pas avoir joué beaucoup de guitare ces dernières années, m’a fait ressentir qu’il me manquait une part de moi. C’est pour ça que ces derniers temps je ne suis pas heureux musicalement…
Je veux arriver au point où : « Je suis heureux de faire la musique que je veux faire ». La musique que je fais vient du coeur, mais en ce moment c’est juste genre : « OK cool… ». Tu sais, J’ai fait la tournée « Only Built 4 Cuban Linx’ 20th Anniversary » avec Raekwon et Ghostface Killah. Après les concerts, je rentrais à l’hôtel et vu que je n’étais encore qu’un enfant, j’allumais mon ampli et je m’entraînais jusqu’à ce que je m’endorme. Je sens que 2016 s’annonce bien, je travaille sur des trucs vraiment cool ! Je veux fusionner toutes les choses que j’ai dans ma tête et surtout… jouer de la guitare sur scène et pas seulement en coulisses ! (Rires.)

Nous avons parlé du Wu-Tang Clan. Même si tu as déjà été sur scène avec eux en Allemagne, ça serait un objectif pour toi ? Ou juste une étape dans ta carrière ?
D. C. : C’est ma famille ! On dit de moi : Coop Killa – Don Cooper – Wu-Tang Affiliated. Ghostface Killah et Raekwon m’ont beaucoup apporté. J’ai tellement appris à propos de moi-même en tant qu’artiste et j’ai beaucoup appris par rapport au fait d’être un « performer », pendant cette tournée avec eux. Ce sont des dieux ! Quand Raekwon te dit en face : « Yo mec, tu sais ce que c’est, fais ton truc, ne merde pas ! » (Rires.) Alors tu ne merde pas… et je n’ai pas merdé une seule fois pendant toute cette tournée… comme on dit « Prouve et grandi ». J’ai été chanceux de côtoyer quelques uns des meilleurs MCs de notre génération, le Wu-Tang, Onyx, De La Soul, Mobb Deep, Common, tous ces gens qui ont façonné le hip-hop.

Je vais te raconter un moment que je n’oublierai jamais de ma vie. J’étais sur la route avec De La Soul, et après un concert Kool Herc m’a pris sur le côté et il m’a dit : « Yo mec, tu sais ce que t’as, hein ? ». J’étais genre : « Quoi ? ». Il m’a dit : « Tu as la flamme mec, c’est le moment !… Mais tu dois toujours te rappeler pour qui tu fais ça ». Il m’a pris la main, il m’a regardé et il m’a demandé : « Yo, pour qui tu fais ça ? ». Je lui ai répondu : « Hum… Pour moi ! Pour la musique mec ! ». Et là il m’a répondu un truc incroyable : « Non mec, tu fait ça pour James Brown… James Brown qui est le dieu original des MCs ». Réfléchis là-dessus, mec !

Enfin, un album en préparation ?
D. C. : L’album va arriver, le truc c’est qu’il y a eu beaucoup de rotations dans l’industrie de la musique,beaucoup de pression. Tu commences d’en bas et personne n’est autour de toi, mis à part tes amis, ta famille, et d’un coup cette personne s’ajoute, une autre personne et encore une autre personne. Tu arrives à un moment où il y a trop de mains dans le pot, trop de gens qui essayent de te dire ce que tu dois faire. Mon dernier album gratuit « 10:20 », ne devait pas être disponible gratuitement. Il a été enregistré et devait sortir juste après « Cozmik », tout était prêt… J’avais des vidéos prêtes à sortir, elles ne sont pas sorties, ce n’était pas de ma faute… C’est pourquoi je dis que quand un album sera prêt à sortir, je sortirai un album. Music first man ! Tu dois faire passer la musique d’abord et nourrir les gens qui te nourrissent !


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