De la street aux galeries : Grems

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Grems © Julien Lachaussée

Aussi bien rappeur, graphiste et graffeur, Grems nous ouvre les portes de sa nouvelle exposition « Johnny Clegg » à l’espace Oppidum. Conscience morale, ouverture d’esprit et défenseur de l’art de rue, il nous fait part d’une partie de sa vie, de ses doutes et de son avenir professionnel. À cette occasion, Grems nous présente également sa nouvelle marque de wear caaps inspirée de sa musique et du monde du graffiti. Plus qu’un artiste, aujourd’hui c’est une référence dans le monde de l’art contre cette jeunesse perdue dans le rap de « gwer » ultra scolaire.

Présente-nous ta nouvelle exposition inspirée de Johnny Clegg et de la spiritualité zoulou, pourquoi cette approche ?
Grems : Le mot « Johnny Clegg », c’est un fourre-tout, j’affine mon style dans l’inspiration ancestrale et antique. Clegg c’est le zoulou blanc en Amérique du Sud, c’est le genre de gars qui apporte l’amour, habillé de façon grotesque… Puis avec mes délires de rap, broken beat et mes mixs de plus en plus africain, je voulais faire un EP à ce nom : Johnny Clegg. Au dernier moment, j’ai changé de nom et je me suis rendu compte que pour l’expo c’était parfait. J’ai poussé également mon inspiration vers les « ndébélés », des nanas sud-africaines qui peignent sur des maisons entre femmes.

Y a-t-il des messages cachés dans tes oeuvres ?
G. : Parfois oui… Je n’ai pas la volonté de faire l’artiste contemporain, même si j’en ai la formation. Créer des concepts à la con comme chier au milieu d’une pièce et en déduire que c’est contemporain car le gars arrive à te l’expliquer, ça ne m’intéresse pas. Aux Beaux Arts, on me l’a beaucoup reproché… Je voulais me dépasser pour mettre en valeur le côté décoratif des choses. Dans le graffiti par exemple, tu as une interaction direct avec les gens qui te regardent peindre. Mais pour revenir à mes oeuvres, je peux en parler maintenant… Oui il y a certain message subliminal comme « Le tapis ». J’en ai fait fabriqué un faux ! Le premier a été réalisé à la main pendant deux mois par des femmes et l’autre a été fait en 2 semaines en Chine. Mon but dans mes oeuvres et que l’on reconnaisse mon style, mon trait. Beaucoup d’artistes subliment leurs oeuvres avec leur signature pour se rassurer, moi ce n’est pas le cas.

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Grems © Julien Lachaussée

Aujourd’hui les graphistes ou graffeurs te nomment comme référence… est-ce une consécration ?
G. : Un peu oui… Je suis assez surpris de ça… Hier soir, quand j’ai vu O’Clock à mon exposition, je me suis dit « Wouah ! ». Quand je pense que je le regardais étant petit… Je suis très touché, d’habitude j’ai un micro pour me cacher et insulter les gens mais lors du vernissage, ma timidité a pris le dessus. Lorsqu’on vient me faire un compliment direct, ça me fait loucher. La reconnaissance me fait du bien, j’ai l’impression d’avoir réussi quelque chose. Je veux être un artiste et me renouveler constamment. Aujourd’hui je suis heureux et en plus je viens de finir un projet avec Nike et c’est une consécration pour moi car ça fait des années que je souhaitais l’avoir dans mon CV.

Un gros projet avec Nike ?
G. :
Je n’ai pas encore le droit d’en parler mais on va dire que j’ai réalisé des oeuvres d’art pour les locaux les plus importants de Nike… Je suis super heureux de l’avoir réalisé car j’ai pu faire du Grems, imposer mes conditions, être moi-même pour Nike.

Dans une interview, tu dis avoir appris les règles du graffiti pour en ressortir…
G. : Je pense que c’est dû à ma formation, j’ai été aidé par des gens dans l’art contemporain, très punk dans leur délire. Un jour, l’un d’eux m’a montré du Pollock et là ma tête a brillé, arrivé aux Beaux-Arts de Bordeaux, je me suis dit que je ne voulais pas faire comme ces petits PD aidés par papa ou maman. J’étais en galère, je vendais du shit pour payer mes études et avoir un vrai métier donc je suis devenu graphiste. Au final, je me suis déconstruis de mes idées pour être ce que je suis. À l’époque, je me disais que jamais je ne serai ce genre d’artiste qui expose en galerie pour gagner de l’argent et regarde où j’en suis aujourd’hui… Tu ne peux pas être un street artiste, si tu n’es pas passé par le graffiti et si tu ne connais pas les règles. Je pense que c’est pour ça que de plus en plus de graffeurs me respectent. À l’époque ils nous charriaient lorsque nous allions les voir en galerie mais il se sont rendus compte que nous étions aussi vandale qu’eux. Dans le sens où l’on ne demandait rien à personne, on voulait juste faire nos fresques tranquille… Mais lorsqu’un gars venait pour te payer ton graff, il y avait une armée qui déboulaient pour le gifler. Pour moi les deux papas du street art c’est Basquiat et Haring, des mec qui sortent d’une manière ou d’une autre du graffiti et qui l’on poussé plus loin… Ça c’est la nouvelle peinture contemporaine, « le street art ! », ce n’est pas Banksy ou des pochoiristes ou un fourre-tout de gars qui peignent dans la rue. Ce terme de « street artist » est arrivé quand les graffeurs ont commencé à péter les plombs.

« Quand j’écoute le rap actuel, j’ai honte pour les gens, regarde leur modèle de réussite, c’est d’acheter une Rolex comme Sarkozy ! »

Tu pense que le hip-hop existe toujours en France ?
G. : Plus trop… Tu sais la nouvelle génération attriste le hip-hop, quand tu veux leur faire comprendre que ce qu’ils écoutent vient d’ailleurs, ils te répondent qu’ils s’en foutent. Nous sommes dans une époque d’opportunistes, qui se copient. Si son style marche, il faut vite refaire la même merde, c’est l’erreur du nouveau monde, la jeunesse n’a plus de recul, ils sont dans une bulle sans repère. Je me sens investi d’une mission où lorsque tu as du pouvoir il faut le transmettre, je suis un réceptacle. Mon public me donne alors je fais tout pour lui rendre, c’est du partage et c’est comme ça que le monde avancera.

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Grems © Julien Lachaussée

Aujourd’hui pourquoi il n’y a pas plus de hip-hop ?
G. : Les gosses regardent les clips et se disent : « Putain c’est facile de kicker ! ». Donc ces cons arrêtent l’école et pensent que c’est comme ça qu’ils vont se faire de l’argent, mais mec ! Il y a une place sur 5 millions, tu veux vraiment finir à 27 ans avec des tatouages sur la gueule et dormir chez maman. Malheureusement c’est cause de cela qu’il n’y a plus d’intérêt à la culture hip-hop… Lis les textes de la nouvelle génération, entre « Niquez des mères » et « Je vends de la coke », mais mec ! Tu ne vends pas de coke. À l’époque, si tu disais ça, les grands frères venaient te gifler et les vrais dealers, tu ne les entendais pas. Donc qu’est-ce que l’on en conclu : il n’y a que des acteurs dans le hip-hop actuel. Pour finir, nous allons toucher un point sensible, les gens disent que je fais du rap alternatif. Quand le Wu-Tang est arrivé avec des bruits de sabre, du piano et des masques, c’était du rap alternatif. Aujourd’hui, les maisons de disque disent que tu fais du rap alternatif mais ne te disent pas : « Tu fais du rap de merde ! » Quand j’écoute le rap actuel, j’ai honte pour les gens, regarde leur modèle de réussite, c’est d’acheter une Rolex comme Sarkozy !

C’est un grand retour aux sources avec Hustla…
G. : Oui, on repart de zéro pour faire ce que l’on aime ! L’important ce n’est pas de salir notre passé, quand tu vois les grands et les petits se prostituer pour le rap et les grands se prostituer pour les petits rappeurs… Bah j’ai envie de dire que je suis heureux d’être au milieu !

Tu peux nous parler de « Anyway » ?
G. : Pendant un an, nous avons monté notre agence de communication avec Opéra et Taroé. Nous sommes restés secrets sur notre travail de directeur artistique pour avoir du contenu et de l’expérience ensemble. Donc Anyway, c’est notre agence créative. Les sociétés viennent nous proposer leur projet et notre but c’est de leur faire comprendre qu’être directeur artistique, c’est un métier. S’ils veulent travailler avec notre savoir faire, il y aura plusieurs conditions. Entre autres : fermer sa gueule et nous donner les clefs de sa maison. (Rires.)

Caaps
G. : Tous les gens qui connaissent Usle ont été déçu que ça s’arrête. Le problème c’est que je suis trop généreux donc j’offrais des produits à tout le monde en mode Abbé Pierre. J’ai eu beaucoup de propositions pour refaire une marque et je me suis lancé à la condition que cela soit carré. Donc nous avons relancé une nouvelle marque Caaps, qui sera une vraie ligne de vêtements.


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Créateur de BARBERLINE. La barbe est mon emblème et le Hip Hop mon harem. J'ai la flemme d'écrire tout ce que j'aime en espérant que nos thèmes vous plaise.

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